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Espace : Voyages  -  Le néolibéralisme vous salue bien !

Morts vivantIl ne s'agit pas là d'une histoire du "néolibéralisme" à proprement parlé. Peut-être une chronique d'évènements, de textes touvés dans des ouvrages politiques ou économiques. Mais aussi de romans qui mettent la fiction au service la réalité. Pas de grands développements ni de grandes théories mais attraper au passage et rassembler de petites choses habituellement dispersées et qui réunies font sens.

Néo-libéralisme, d'ailleurs pourquoi ? Les "Chicago boys", qui conseillaient Pinochet, n'avaient rien de commun avec les libéraux du XIXe ou du début du XXe siècle. Les libéraux de l'Etat minimum, du "laisser faire, laisser passer". Aujourd'hui, pour les tenants de cette théorie l'Etat ne doit pas se retirer, mais bien au contraire être l'organisateur des "marchés" et veillez à éliminer tout ce qui peut empêcher le libre déroulement des affaires.

Cette façon de concevoir l'ordre politique et économique n'est pas un nouveau libéralisme mais quelque chose d'autre. Nous devrions plutôt dire ultra-libéralisme ou de post-libéralisme. Mais le terme de néo-libéralisme est tellement rentrer dans le language commun, que l'on voit tout de suite sans avoir à l'expliquer de quoi on veut parler, qu'ici c'est ce terme que nous emploierons.

  1. Salvador Allende
  2. Le marché ne souffrira pas. Ouf !
  3. Une pensée triste...
  4. Le Mont Pèlerin
  5. Le choc en scène

4 décembre 1972

Savaldor Allende, élu deux ans auparavant président de l’Etat chilien, prononce à New-York un discours devant l’assemblée des Nations Unies. Il déclare dans un passage :

«Nous sommes face à des forces qui opèrent dans l’ombre, sans drapeau, avec des armes puissantes, postées dans des zones d’influence directe.

Nous sommes face à un conflit frontal entre les multinationales et les Etats. Ceux-ci sont court-circuités dans leurs décisions fondamentales - politiques, économiques et militaires - par des organisations qui ne dépendent d’aucun Etat, et qui a l’issue de leur activité ne répondent de leurs actes et de leurs fiscalités devant aucun parlement, aucune institution représentative de l’intérêt collectif. En un mot, c’est toute la structure politique du monde qu’on est en train de saper.»

Moins d’un an après, il sera renversé par un coup d’Etat militaire, appuyé et approuvé, de longue date par le gouvernement des Etats-Unis. Ce coup d’Etat établira une dictature militaire mais aussi mettra en place un ordre économique, souvent dénommé «néolibéralisme», mais qu’il faudrait plutôt qualifier d’ultra ou post-libéralisme. Les libéraux du XIXe siècle n’avaient rien à voir avec les «Chicago-boys» qui conseillaient Pinochet. Cette idéologie, car s’en est bien une, venait, entre autres, des théories de Milton Friedmann qui dirigeait la section économique de l’université de Chicago.

Le Chili avait été choisi pour devenir le laboratoire de la mise en place de ses théories qui allaient essaimer dans le monde entier par des méthodes moins violentes mais avec la complicité d’hommes politiques de droites et la trahison de politiciens de gauches.

23 octobre 1987

Texte trouvé dans l’ouvrage de Benoît Collombat et Damien Cuvillier (édition Futuropolis) publié en 2021.

Il s’agit d’un document interne, du 23 octobre 1987, émanant de la banque JP Morgan, intitulé : «Quels sont les risques politiques».

«En mai 1988, se tiendra la prochaine élection présidentielle en France. Le président François Mitterand, un socialiste, n’a pas encore annoncé s’il se représentera pour un nouveau mandat de sept ans. Si c’est le cas et qu’il l’emporte, il est peu probable qu’on assiste à un retour au style socialiste de 1981. Je rappelle qu’en France c’est un gouvernement socialiste sous la présidence de François Mitterand et son premier ministre qui a entamé la dérégulation et la libéralisation des marchés financiers en 1984. Les conservateurs de centre-droit, sous la direction de Jacques Chirac, ont poursuivi cette politique à partir de 1986. Après une probable faiblesse du marché obligataire juste avant l’élection, dû à l’incertitude on estime que le marché obligataire français ne souffrira pas, quel que soit le vainqueur de l’élection

On le voit les banquiers d’affaires, jubilaient. La gauche pouvait bien rester au pouvoir. Quand on a une gauche comme ça, on n’a pas besoin d’avoir de droite.

Ce qui n’empêchait nullement, à l’époque, la droite, pour des raisons électorales, de faire croire pour créer la peur que la gauche était un ramassis de vampires bolchéviques assoiffés du sang des riches. Ils réussissaient même à effrayer les pauvres qui tremblaient qu’on leur prenne ce qu’ils n’avaient pas. La gauche, pour les mêmes raisons, jouait les révolutionnaires jusqu’au boutistes. Plus Che Guévariste qu’eux, tu mourrais. Comme quoi l’hypocrisie est la chose la mieux partagée du monde.

Les banquiers, eux, avaient bien vu que tout cela n’était que des postures électorales et que gauche et droite s’entendaient comme larrons en foire sur le dos du peuple. C’est dur à dire mais est ce que les riches seraient moins cons que les pauvres ? D’où peut-être l’expression «pauvre con» comme plus tard dira l’Autre.

Question : pourquoi Mitterand, un homme de gauche, aurait fait une politique de droite ? Réponse : parce qu’il était de droite.

Tout compte fait les puissants qui dirigent le monde, ne souhaitent pas une droite qui provoque la colère populaire par une réthorique droitière. Ils préfèrent une gauche qui anesthésie les citoyens avec le chloroforme de promesses de grands changements ou en leur vendant le «grand soir» et qui arrivé au pouvoir s’empresse de satisfaire les maitres du monde. On y croit aux promesses même si elles ne se réalisent jamais. La preuve, c’est que d’une élection à l’autre, on ressort toujours les promesses qui ont l’air toujours aussi neuves. Et tant pis si au petit matin, on se réveille avec la «gueule de bois». 

2001

On a écrit à propos du tango qu’il était «une pensée triste qui se danse» en faisant référence aux désillusions des immigrants européens et leur nostalgie du pays perdu. On pourrait aussi bien parler de "pensée triste" en ce qui concerne l'idéologie au nom de laquelle fut mise en place des mesures économiques qui vont pour des années plonger les Argentins dans la précarité.

En 2001, la dette extérieure de l’Argentine dépasse les 130 milliards de dollars. A la fin de l'année, le FMI lui refuse un prêt. L’Argentine connait une crise économique sans précédent. Pour résoudre cette crise les autorités appliquent des mesures ‹néo-libérales» sous la pression du FMI.

Ces mesures d’austérité imposées à des Argentins, déjà lourdement frappés par un politique ultra-libérale, déclenche une révolte, confirmant la rupture entre la population et sa classe politique, poussant le président Fernando de la Rúa à la démission. Le pays change 5 fois de président en quelques jours et sombre dans la tourmente.

Les 9 et 10 décembre 2001, la crise dégénère : des émeutes violentes et des pillages font 39 morts à Buenos Aires.

Il faut savoir qu’après 1945, le PIB de l’argentine était équivalent à celui de la Grande Bretagne.

C’est sous le régime militaire que la dette extérieure est passé de 8 à 43 milliards mettant le pays en difficultés. Sous la présidence du Général Videla, le ministre de l’économie était un cadre du FMI.

Entre 1998 et 2001, pas moins de sept plans d'austérité vont se succéder, sur demande du FMI, qui apporte des fonds au pays : coupes dans les aides sociales, baisse des salaires... Une potion amère qui ne fait qu'empirer la situation : les ménages réduisent leur consommation et la croissance se bloque. Le pays est confronté à un taux de chômage de 20%. En quelques années le pouvoir d’achat a baissé de moitié condamnant 14 millions de personnes, sur 40 millions, à vivre au-dessous du seuil de pauvreté. Le 1er décembre 2001, alors que les Argentins se précipitent dans leurs banques pour retirer leur argent (8 milliards de dollars sont retirés en quelques jours), le gouvernement impose une limite de retrait de 250 dollars par personne et par semaine.On voit apparaître dans les rues des "piqueteros", des pauvres et des chômeurs qui coupent les routes pour exiger du travail et du pain. 

Ensuite en 2002, la production industrielle et la consommation s'effondrent, les rentrées fiscales fondent, l'inflation s'envole. Au troisième trimestre, au bout du rouleau, le gouvernement annonce un plan de restructuration qui équivaudra une fois réalisée à une réduction de 75% du stock de sa dette et le non-remboursement des emprunts d'Etat.

Extrait de «Mapuche» de Cary Férey publié en 2012 chez Gallimard

«Comme d’autres étudiantes sans ressources, Jana avait été contrainte de se prostituer pour survivre. Ne pas renoncer aux figures métalliques qui traversaient sa cervelle. Elle était postée à la sortie des cours, devant la fac, des paquets de mouchoirs dans le sac, une colère froide entre les cuisses.

Les richards passaient en Mercedes, les mêmes qui avaient ruiné le pays, des types qui pouvaient être son père et qui venaient faire leur marché. Vendre son corps pour sauver son esprit : l’idée même lui répugnait. Jana avait taillé ses premières pipes en pleurant, et puis elle avait tout ravalé : sa colère indienne, le sperme de ces porcs, cette foi qui lui mâchait le coeur et la secouait comme un pitbull pour lui faire lâcher prise. Elle était devenue du fil barbelé.

Trois ans d’études…

Elle en avait sucé des bites au latex, petites, grosses, molles, toutes à vomir, elle avait défendu son territoire au couteau quand ils voulaient la lui enfoncer dans le cul ; ils pouvaient penser ce qu’ils voulaient, faire d’elle une poupée de chiffon où ils s’essuyaient la vertu comme le mécano le cambouis et revenir chez eux bon père ébouriffant les cheveux du petit dernier, Jana s’était réfugié derrière ses barbelés, avec les restes de son intégrité morale et ce corps qu’ils occupaient comme un parking payant, glands tendus et fiers encore… Les porcs. Les profiteurs de guerre. Jana essayait de se calmer — l’Art, l’Art, ne penser qu’à l’Art. Elle dormait dans les parcs, les squats et les théâtres où les artistes avaient décidé de jouer gratuitement (Buenos Aires resterait toujours Buenos Aires), chez des gens, parfois des inconnus ; Jana ne restait jamais longtemps, dessinait dans les bars ou les boîtes où elle finissait ses nuits, quand le tapin et la fatigue lui laissaient un peu de répit.»

MtPelerin02(Reprise d'un prédédent article de ce site)

1947 - A cette époque L'Europe panse ses plaies et essaye de se relever du champ de ruines laissé par une guerre qui ne s’est terminée que deux ans plus tôt. La crise de 1929 avait déjà marquée le paysage économique de l’Europe. Moins durement frappée à partir de 1929 que les Etats-Unis, la France connait une récession plus tardive mais qui va durer de 1931 à 1939 et qui se traduit par une baisse des revenus et une augmentation du chômage. Aux Etats-Unis, la crise a été un désastre humain (lire les « Raisins de la colère » de Steinbeck). Elu en novembre 1932, Franklin Delano Roosevelt va apporter une réponse politique forte avec le New Deal qui se caractérise par la mise en place d’un important interventionnisme économique.

Le New Deal apparait comme le remède qui a permis de sortir de la crise en appliquant les recettes keynésiennes. Toutes ces années avaient vu se développer la pensée économique de John Maynard Keynes qui milite pour une régulation de l’économie par la puissance publique avec l’abandon du « laisser faire ». Après guerre ses théories vont influencer les partis sociaux-démocrates et la construction de ce qu'on appelera l'Etat Providence. La fin de la guerre a établi la primauté du politique et les idées interventionnistes en économie semblent avoir gagnées. La France s’est lancé dans un programme ambitieux avec les idées issues du Conseil National de la Résistance. C’est la sécurité sociale, les comités d’entreprise, les nationalisations etc… L’extrême droite et la droite nationaliste sont déconsidérées. Pourtant toutes ses idées ne font pas l’unanimité. La sécurité sociale qui devait être universelle a failli ne jamais voir le jour. Il n'y aura pas les fonctionnaires. Le monde agricole n'en veut pas. Les commerçants la rejette. Il s'en est fallu de peu que certaines catégories de salariés cadres n'en fassent pas partis. On négociera une convention nationale de retraite spécifique aux cadres, en 1947 justement. Ils ont un pied dans la « sécu », un pied en dehors.

Queue1947

On fait la queue devant les magasins. Il y a toujours des tickets de rationnement. Les communistes sont encore au gouvernement. Ils en seront exclus au mois de mai. Le plan Marshall est annoncé le 5 juin. De Gaulle annonce la création du Rassemblement du Peuple Français (RPF). Le Tour de France est à nouveau organisé après sept ans d'interruption. Jean Robic remporte l'épreuve en prenant le maillot jaune à la dernière étape. L’année sera marquée par un nombre important de grèves.

 jean robic01

Elle finira tant bien que mal sans que dans le tumulte d'après-guerre l'on ait vraiment remarqué la création, en Suisse, dans le village du Mont Pèlerin, surplombant la commune de Vevey et le lac Léman, d'une organisation composée d'économistes, de philosophes, d'hommes politiques, qui se réunit du 1er au 10 avril. Cette organisation sera connue sous le nom de Société du Mont Pèlerin et aura pour objectif de promouvoir ou de réhabiliter auprès des responsables politiques l'idée de "libre marché", de "nouveau libéralisme". Ce mouvement s'inscrivait en réaction à la pensée keynésienne et aux politiques publiques interventionistes de l'époque.

Trente cinq personnalités participent à cette conférence, en plus de l'iniateur, Friedrich Hayek. La pensée de Hayek peut se résumer de la manière suivante : la recherche du profit par les acteurs économiques profitera naturellement un jour ou l'autre à l'ensemble de la société et aux individus. D'ou pour lui l'importance pour la puissance publique de ne mettre aucun frein à leurs actions et par conséquence de la nécéssité de déréguler l'économie et la finance. On y trouve, entre autres, George Stigler, John Davenport, Bertrand de Jouvenel... et Milton Friedman. Margaret Tacher et le français Alain Madelin en ont fait parti. Depuis 1947, les membres de la Société du Mont Pèlerin ont continué à se rencontrer chaque année. C'est en son sein que les politiques néo-libérales de dérégulation auraient été définies. Agissant dans l'opacité, il fonctionne comme un laboratoire qui propose de construire une société libérale libre de toutes formes de contrainte. Ce club se veut un groupe d'élite presque une société secrète. De nombreux "groupes" se sont crées autour de ses membres et de leurs idées dans le but d'influencer les décideurs internationaux et de distiller la pensée "ultralibérale". 

Les participants avaient sans doute compris qu'avant de gagner le combat politique, il est important de gagner le combat des idées. Ce sera fait dans les années 80. Et puis, plus que l'action politique au grand jour, ils vont préférer l'instauration de connivances personnels et de réseaux invisibles ou faiblement formalisés, remettant ainsi au gout du jour le proverbe "pour vivre heureux, vivons cachés" par un "pour agir efficace, agissons masqués".

Milton Friedman, Margaret Tatcher, Ronald Reagan, Augusto, Pinochet et bien dautres sur tous les continents furent les penseurs et les instigateurs du "néo-libéralisme", ce que Naomie Klein nomme le "capitalisme du désastre" dans son ouvrage "La stratégie du choc" (voir l'article sur ce site) paru en 2008 mais toujours autant d'actualité.

Il fallait aux tenants de cette idéologie un laboratoire pour mettre en pratique leur conception de l'organisation sociale qu'ils préconisaient. Ce fut le Chili qui fut choisit après le coup d'Etat du 11 septembre 1973. Coup d'Etat qui à mon sens se préparait depuis longtemps et pas seulement à compter de l'élection du gouvernement d'unité populaire de Salvador Allende.

Elu récemment, le nouveau président du Chili, Gabriel Boric a déclaré : "Le Chili a été le berceau du néo-libéralisme, il sera son tombeau". La possible adoption dans les mois qui viennent d'une nouvelle constitution rompant avec cette idéologie pourrait y contribuer. (voir l'article sur ce site)

Des comédiens ont mis en scène le livre de Naomie Klein qu'ils jouent au Théatre de la cité internationale. Il a aussi été réalisé un podcast auquel vous pouvez accèder en cliquant sur le lien.

Bien sur, vous pouvez toujours et je vous le conseille lire le bouquin de Naomie Klein.