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Espace : L'air du temps

Sceco05Vous travaillez comme caissière dans un supermaché ou chef comptable dans une entreprise. Vous faites une erreur conséquente. Vous recevez un avertissemnent voir vous êtes licencié. Tout cela n'est pas à proprement parlé scandaleux.

Vous êtes livreur. Vous perdez en nombre de la marchandise. Vous aurez à répondre de votre négligeance et encore une fois personne ni trouvera à redire.

En janvier 2010, deux économistes, diplomés de Harward, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff publient une étude (Growth in the time of debt, National Bureau of Economic Research). Cette étude eut immédiamment un grand succès.

Elle démontrait que depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, un endettement public supérieur à 90% du PIB entrainait un baisse conséquente de la croissance provoquant donc une recéssion et aurait sur celle-ci un impact sur plusieurs années. Dans ce cas l'étude montre que la croissance tomberait alors à -0,1%. 

Carmen Reinhart a travaillé plusieurs années au FMI, où elle était en dernier lieu directrice adjointe du service des études. Elle est professeur d’économie et directrice du Centre pour l'économie internationale à l’université du Maryland. Elle siège aussi dans divers organismes, notamment au Council on Foreign Relations.

Kenneth Rogoff est diplômé du Massachusetts Institute of Technology. Il est professeur d'économie et de politique publique à Harvard. Il siège également dans plusieurs organismes officiels dont le Council on Foreign Relations et le comité consultatif de la Federal Reserve Bank of New York.

Cette étude a beaucoup servi de référence à de nombreux dirigeants et responsables d'organismes internationnaux, pour permettre de justifier les politiques d'austérité préconisées dans la zone euro et par le FMI.

C'était là des travaux qui faisaient autorité et qui ont poussé certaines personnalités politiques à promouvoir l'austérité. En particulier, le vice-président de la Commission européenne, Olli Rehn, y avait fait référence, dans une communication aux ministres européens des finances. Il expliquait ainsi que lorsque la dette dépassait le fameux seuil critique de 90%, cela  impactait de façon négative l'économie ralentissant la croissance pendant de longues années.  C'est en se fondant sur cette étude, notamment, que Paul Ryan, aux Etats-Unis est parti en guerre contre le déficit public. Les conclusions de l'étude de Reinhart et Rogoff ont ainsi joué un grand rôle dans le débat dans les années 2010-2013 sur l'austérité budgétaire.

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Thomas Herndon, étudiant doctorant de 28 ans à l'université du Massachussetts Amherst décida d'étudier le travail de Reinhart et Rogoff car politiquement intéressé par le débat sur l'austérité et inquiet de l'impact des politiques économiques sur la vie des gens. Il avait en outre des doutes sur le bien-fondé des politiques de réduction drastique des déficits. Il refait des calculs et soupçonne que quelque chose ne va pas dans les formules. Des données critiques sont tout simplement exclues des moyennes.

Les auteurs de cette étude ont commis deux erreurs majeurs. Ils ont oubliés d'intégrer dans leurs calculs cinq pays de l'OCDE qui contredisent leur théorie (l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada et le Danemark). Les auteurs auraient ainsi laissé de côté certaines données comme le montre le tableau ci-dessous. Cette oubli était-il intentionel ou involontaire? Impossible à dire. Cependant un mécanicien qui oublie de serrer une roue et provoque un accident, on ne cherche pas à savoir s'il l'a fait expres. On le sanctionne. De plus, il découvre des erreurs dans les formules de leur tableur excel utilisé. Ainsi l'étude et ses conclusions repose sur des données incomplètes et des ereurs de calculs.

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Thomas Herndon et ses deux professeurs, Michael Ash et Robert Pollin décident de publier une nouvelle étude en avril 2013. En reprennant la même période, les trois économistes estiment que la croissance économique des pays avec ce ratio de dette a en réalité été de +2,2%. Dans leurs travaux, les économistes montrent ainsi que lorsque la dette est comprise entre 90 et 120% du PIB, la croissance deviendrait alors de 2,4% et qu'elle serait de 1,6% lorsque la dette dépasserait 120% du PIB.

Par conséquent, ils assurent que ces nouvelles conclusions doivent conduire à revoir "les objectifs d'austérité" défendus en Europe ou aux Etats-Unis. 

Citons le Portugal pour donner un exemple, en ce début d'année 2018, qui ne vient pas de simulations économiques. Avec un taux d'endettement de 146% du PIB, le Portugal a réussi sans imposer une quelconque politique d'austérité de ramener son chomage de 17 à 8%, de maitriser l'inflation à 1,3%, d'avoir un déficit budgétaire de 2,1% du PIB avec un taux de croissance pour l'année qui s'est achevé de 2,8%. Du jamais vu depuis plus de dix ans. 

Il s'est trouvé des économistes pour prendre la défense de Reinhardt et Rogoff qui ont alors clamé que leurs conclusions étaient justes, malgré ces erreurs. C'était comme qui dirait juste une erreur ! En conclusion l'erreur est juste. Vous ne comprennez pas pourquoi une erreur peut-être juste. Ne cherchez pas vous n'êtes ni économistes ni diplomés d'une grande université américaine, vous n'avez pas travaillé non plus à un poste de responsabilté du F.M.I. comme "directrice adjointe du service des études", vous ne siégez pas dans un comité consultatif de la "Federal Bank of New York". Tout çà vous échappe forcément.

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Quant à nos deux compères, il doivent, quelque part dans la sphère des milieux universitaires, continuer à faire bénéficier de leur science quelques dirigeants politiques ou d'institutions internationales. Suite à ce désaveu les tenants du "moins d'Etat" et de la baisse massive des dépenses publiques, ne sont aucunement disposer à réviser leur position. mais à ce stade, on n'est plus dans le débat scientifique mais dans la croyance. L'économie pour certains n'est pas une science mais une idéologie politique voir même une religion aux dogmes indiscutables.