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Voilà un montage réalisé avec des images faites lors de quatre voyages en Amérique du sud au travers de cinq pays : l'Equateur, Le Pérou, la Bolivie, le Chili et l'Argentine.

Cette vidéo n'a pas la prétention de décrire de façon exhaustive le sous continent américain mais de montrer, comme le titre le suggère, des choses attrapées au passage et qui m'ont paru intéressante.

En tout cas, je vous les livre telles quelles.

Bon voyage !

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On part toujours avec des a priori. Rien n’est plus beau que l’instant de rêve qui précède le départ. Ensuite, il faudra se confronter au concret et s’abandonner à l’imprévu. Une des vertus du voyage n’est-elle pas de faire oublier ce pourquoi l’on était parti?

J’ai toujours été attiré par le continent américain. Du nord d’abord avec le Québec et les USA, il y a maintenant bien longtemps. Et puis plus récemment par la partie latine du continent. Un premier périple m’avait fait découvrir le Mexique. Vaste pays chargé d’histoire et au présent bien douloureux. Ces couleurs, ces odeurs, sa langue, sa culture métissée et jusque dans ces excès sonores m’avaient donné envie de descendre plus au sud du continent. En 2010, alors que la « retraite » m’offrait un surplus de liberté, je prenais la route durant trois mois pour découvrir : l’Equateur, le Pérou et la Bolivie. Fin 2013, je renouvelais l’expérience en visitant deux pays différents par le passé et la culture  : L’Argentine et le Chili, avec à nouveau un détour par la Bolivie.

Lorsque l’on parcourt ces pays, on est rapidement frappé par l’immensité des territoires et la faible densité de population quand on prend pour référence l’Europe en général et la France en particulier. A titre d’exemple, la Bolivie, c’est  plus deux fois la France. Le Pérou représente deux fois et demie notre territoire national et l’Argentine quatre fois. Ces phénomènes sont encore amplifiés par la concentration de la population dans de grandes mégalopoles : Lima, Buenos Aires, Santiago du Chili, qui concentrent souvent jusqu’à un tiers de la population du pays. On constate ainsi une discontinuité du peuplement qui libère de vastes espaces vierges. Encore une chose remarquable quand on fait référence à nos contrées où la moindre parcelle même de montagne est habitée. Tout ceci crée des disparités importantes entres les villes et les campagnes mais aussi entre les régions tant au niveau économique qu’au niveau des modes de vie, du fait  des distances et aussi souvent de routes en mauvais état ou parfois de la quasi absence de routes. Ces propos seraient à nuancer. En effet les technologies modernes telles que le téléphone portable ou internet, tendent à compenser en partie ce manque de communication, en désenclavant certains endroits, ainsi que la télévision en amenant des images d’ailleurs.

L’immensité de l’espace américain du nord ou du sud, nous invite naturellement au voyage d’autant plus que la nature contrairement à l’Europe y est exubérante. C’est peut-être pour cela aussi que l’on parle toujours de Vieux et Nouveau monde. Les chutes d’Iguazu, majestueuses au milieu d’une nature amazonienne, la Péninsule de Valdes, où j’ai eu le plaisir d’observer des baleines, pour l’Argentine. Le désert blanc du Salar d’Uyuni et la région de Lipez, les Yungas, l’Altiplano et la route de Sajama jusqu’au Chili, pour la Bolivie, avec le lac Titicaca, frontière avec le Pérou. Le Pérou bien sûr, souvenirs de précédents voyages, Cuzco et sa région, le Machu Picchu, mythique, les mystérieux pétroglyphes de Nazca que l’on ne découvre que du ciel. Pour le Chili, je pense au désert d’Atacama, à la région des lacs et des volcans. et puis à la côte pacifique avec Valparaiso et l’île de Chiloe si souvent évoquée à travers les poèmes de Pablo Néruda et dans les livres Francisco Coloane. L’Equateur, avec sa route des volcans jalonnée de villages et de marchés où je prends plaisir à me perdre. Et puis la Cordillère des Andes avec ces sommets qui culminent pour certains autour des 7000 mètres et qui est autant une frontière qu’un trait d’union entre tous ces pays.

Mais ce voyage dans l’espace du continent m’a amené vers des lieux où je n’étais venu qu’en imagination. C’est alors que la mémoire au contact des choses se rend disponible pour revisiter le passé. 

Je découvre Santiago du Chili un dimanche matin. Le centre ville présente un aspect paisible, rues fermées à la circulation et livrées aux piétons, vélos et autres joggeurs. Places animées où des artistes anonymes partagent leur talent de musicien sur des pianos en «libre service». Le soleil est au rendez-vous. Bref cela respire la douceur de vivre. La visite se poursuit jusqu’au Palais de la Moneda, symbole d’une époque ou l’ordre constitutionnel fut rompu par un coup d’état militaire qui allait instaurer une dictature sanglante et un ordre économique injuste. Disant cela, je ne peux m’empêcher de pensées que dans notre Europe l’établissement d’une économie dérégulée souvent aussi injuste bien que compensée par un système social protecteur n’a pas eu besoin de coup d’Etat pour s’établir mais qu’il a suffit du renoncement souvent et de la trahison quelques fois de certains ainsi que de la passivité des citoyens. Cela me ramène à un temps où le continent était secoué par des mouvements de guérillas et de dictatures militaires. Là dans ces rues si calmes, de Santiago ou plus tard d’autres villes d’Argentine à travers la visite de «musée de la mémoire», l’histoire me rattrape. 

Plus haut en Argentine, à seulement quatre heures de bus (une pacotille pour la région) des célèbres chutes d’Iguazu, je fais un arrêt à San Ignacio dans la province de Misiones à deux pas du Paraguay. Là encore c’est un bond dans l’espace qui m’entraine loin dans le temps. Ici, on visite les ruines d’une des missions Jésuites («reductiones» en espagnol qui signifie regroupement) créées au XVII et XVIIIe siècle. Même si tout était loin d’être parfait cette institution avait eu le mérite de protéger les indiens Guaranis des esclavagistes portugais qui venaient du Brésil voisin accomplir leur sinistre besogne. Les missions avaient pris un tel essor qu’elles couvraient en terme géographique un territoire aussi grand que la France. L’expulsion des Jésuites en 1767 mis fin à l’expérience de ce que certains ont appelé «l’utopie jésuites». Dans la foret luxuriante qui entoure San Ignacio, une balade m’amène au milieu de nulle part devant les ruines d’une maison envahie par la végétation. Pour un peu j’aurai l’impression d’être tombé dans un film d’Indiana Jones. Les gens d’ici, disent que ce fut là, le refuge de Martin Bormann. Bormann était un haut dignitaire nazi et un des hommes les plus importants du IIIe Reich. Il y a fort à parier que cela ne soit pas vrai. Son corps a été retrouvé à Berlin. Il serait mort en 1945. Mais ici, on entretient la légende. Mensonge ou vérité, cette histoire me rappelle que cette région du monde a été particulièrement accueillante après la seconde guerre mondiale pour les nazis en fuite. 

Le voyage a cela de magique, car si avec l’avion on saute rapidement d’un continent à l’autre, on passe en encore plus vite en pensée d’un siècle à un autre. Me voilà en 1550. C’est le début d’une histoire qui va durer plus de deux siècles. Durant cette période l’Europe reçut une  grande quantité de minerai d’argent. Ce métal servit presque essentiellement  à la fabrication de pièces de monnaie. Cet apport sans précédent de monnaie permit le développement des transactions commerciales, créant le début d’un mondialisation de l’économie ce qui contribua à l’essor économique et à la richesse des nations européennes. Ce minerai provenait du continent américain et pour la quasi totalité d’une colline située en Bolivie à côté de la ville de Potosi : le Cerro Rico. Et c’est là que je me retrouve avec d’autres touristes à parcourir les galeries, pas très rassuré et même quelque fois physiquement mal à l’aise. Alors que dire des mineurs qui y travaillent encore aujourd’hui; eux qui ne viennent pas pour la visite? Si le filon est largement épuisé, il est toujours exploité dans des conditions moins dures mais qui restent périlleuses. À l’époque le minerai était extrait par le travail forcé des populations andines soumises par la conquête. Les conditions étaient si rudes que les 4/5 des mineurs mouraient au cours de la première année de travail. Durant trois siècles, c’est huit millions d’individus qui y laisseront leur vie. Aujourd’hui, les touristes, dont j’étais et qui paient pour jouer l’ombre d’un instant à s’y faire peur, en ont-ils conscience.

Mais voilà chaque voyage prend fin. Il faut penser au retour. Il faut quitter ces pays d’Amérique du sud, ces populations attachantes, les villages et leurs marchés colorés, ces espaces qui donnent le vertige et nous invitent à revenir. Encore quelques heures à perdre ou plutôt à se perdre dans les rues de Buenos Aires, ses quartiers chargés là aussi d’histoire. Au hasard d’une balade un couple danse le tango au milieu d’une foule assemblée. Le tango, argentin par principe, semble là pour nous parler des origines du pays, de son identité dirait-on aujourd’hui. Son nom d’abord. Il viendrait cela semble maintenant établi d’un mot africain qui désignait un lieu de réunion. Ici on appelait ainsi l’endroit où l’on parquait les esclaves. Eh oui, voilà encore l’histoire. Dans ces contrées aussi cette détestable institution a sévi. Et le tango est né de la rencontre de rythmes africains et créoles, de danses et de musiques apportées par les immigrants européens. Entre les années 1860 et 1900 c’est deux millions d’individus qui passeront par le port de Buenos Aires pour gagner l’Argentine. Le tango va se développer dans des lieux malfamés, porté par une population marginalisée, d’immigrants, de marins de passage et de ruraux venant chercher du travail à la périphérie de la ville. Reflet du métissage le tango est un phénomène urbain né sur les bords du Rio de la Plata. Vers les années 1870, il quitte les bastringues et les bordels pour partir à la conquête de Buenos Aires. Le tango avait trouvé son terreau dans un milieu portuaire, urbain et interlope pour devenir le symbole d’un pays. Buenos Aires, d’origines et de cultures multiples, avait participé à sa naissance. Par la musique bien sur mais aussi par la création d’un imaginaire collectif qui nous dit la nostalgie du pays perdu, la désillusion des rêves de réussite, la frustration sentimentale. Le tango s’est nourri du désespoir pour en faire comme l’a écrit un compositeur : «une pensée triste qui se danse».

Jean Charpoit.