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Récits de voyages, récits sur le voyage, voyager par les livres. 

C'est de tout cela dont il sera question ici.

Prenez la route des livres en n'hésitant pas à sortir aussi des sentiers battus pour le plaisir de s'égarer.

 

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  Choix des ouvrages :

legende geographie  anti tourisme               

 

 

 legende geographieLa légende de la géographie

Gilles Lapouge - Albin Michel 2009

Giles lapouge ècrit : « Ma géographie n'a jamais passé l'âge de raison. Elle stagne dans celui des merveilles. C'est la géographie d'un flâneur, d'un flâneur des deux rives, mais principalement de l'autre rive, une géographie d'image d'Epinal et de Vase de Soissons, une géographie de dessin d'enfant, d'odeur de craie et de tableau noir, de sources, avec de gros soleils jaunes pleins de rayons, des nuages crémeux et des prairies des quatre saisons. 
Elle emprunte les chemins vicinaux. Elle voit des îles dans le ciel. Elle croit que les vents sont un pays. Je voudrais faire la géographie des ombres de l'automne. [...]. Elle avance sur des routes qui n'existent plus et sont enfouies sous deux siècles, trois siècles, d'humus, d'histoire et de mort. Elle considère que les cimetières sont un ingrédient de la géographie, au même titre que les marées, les montagnes ou les brises de mer, et comme aussi le gel, les bouvreuils, les gulf stream, les bois flottés de la Patagonie qui ont découvert l'Europe bien avant que Christophe Colomb ne rencontre l'Amérique."

Le résumé de l'éditeur précise  : "On lit La légende de la géographie comme on promène un doigt sur une mappemonde, la pensée rêveuse, l'esprit vagabond et des fourmis dans les jambes. Des fleuves impassibles aux archipels sidéraux, Gilles Lapouge navigue sur les mers intérieurs de sa géographie intime et le lecteur enchanté s'arrime à sa flânerie."

Mais qui à eu l'idée étrange d'inventer la géographie et de dessinner des cartes? Un homme pré-historique? Laissons répondre l'auteur :  "[...] Il furète dans les collines, les fleuves, les mers. Chaque matin, il dit adieu à son bivouac. Il raconte à sa femme qu'il va chercher des aurochs, des graines et des myrtilles, des prisonniers ou des cadavres. Mais cette quête de fruits ou de viandes est un leurre. Il veut à peine savoir ce qui se trafique dans l'inconnu.

Le premier géographe est curieux comme un Docteur Faust et comme un Prométhée. La vie que lui ont attribué les dieux ne lui convient pas. Il a besoin d'une autre vie, de toutes les autres vie. Il ne comprend pas pourquoi il est celui qu'il est. Ni pourquoi il est né dans une montagne et non dans une savane. [...] La plupart des hommes s'accomodent. Ils sont nés sur une falaise ou bien dans une steppe. Ils sont de la mer ou de la forêt. Ils n'en font pas un tambour. Ils se rangent à la loi. [...] Ils s'inclinent. Mais le premier géographe, non ! Il demande à voir ce qu'il ne voit pas.

[...] Il brûle d'arpenter tous les paysages ou les dieux ne l'ont pas déposé. Ce qui l'intéresse, c'est l'autre fleuve, la cuvette jamais vue, le pays où il n'est pas né."

Tout compte fait notre premier géographe est un voyageur. Un homme du néanderthal, surement. Mais aussi un homme d'aujourd'hui. Il veut maitriser ce qu'il ignore, ce qu'il ne voit pas pour en avoir moins peur. L'inconnu l'effraye mais le quotidien le laise insastifait.

Voilà un livre qui nous parle autant d'histoire que de géographie, autant du passé que de notre quotidien, autant de contrées inconnues que de nous-mêmes. Un moment de découvertes et de poésie.

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anti tourismeManuel de l'anti-tourisme

Rodolphe Christin - Ed. Ecosociété 2017

Résumé de l'éditeur :

"Le tourisme est la première industrie mondiale, même s'il est pratiqué par seulement 3, 5 % de la population. Un luxe réservé aux occidentaux qui, depuis l'avènement des congés payés, ont intégré « un devoir d'ailleurs et de loisirs ». Mais qui n'a pas senti ce malaise, dans une boutique de souvenirs ou sur une plage des Caraïbes couvertes de baigneurs blancs? Qui n'a jamais ramené de vacances le sentiment de l'absurde? Car même les mieux intentionnés des voyageurs contribuent malgré eux à la mondophagie touristique. 
Et rien ne semble pouvoir arrêter cette conquête démesurée des quatre coins du monde: ni la pollution qu'elle impose, ni la disparition des spécificités culturelles qu'elle vient niveler et encore moins la conscience de l'Autre qu'elle réduit à une relation marchande. Pouvons-nous nous évader du tourisme? Rodolphe Christin nous invite à retrouver l'essence du voyage: préférer le chemin à la destination, et « disparaître » plutôt qu'apparaître partout."

Si l'industrie touristique esti florissante, ce n'est pas focément une bonne nouvelle. Le tourisme au travers de sa logique organisationnelle et économique impose le devoir de vacances comme une thérapeutie : le dépaysement pour mieux supporter une existence sans saveur. Voilà un essai qui montre les conséquences du consumériste et du tourisme grégaire, et nous appelle à faire de notre temps libre un moment d'aventure et de création."

Mais que nous dit l'auteur :

Pour la France, en tout cas, 1936 c'est les congés payés et l'espoir d'une formidable libération. Mais voilà...

"Il a fallu conquérir le temps libre à ces excursions temporaires hors des murs du travail obligatoire. [...] Les nouveaux vacanciers accédèrent pour le loisir à la diversité des peuples et aux beautés du monde. La technologie s'en mêla et de nouveaux moyens permirent d'avaler les distances. Les déplacements devinrent massifs. On parla, au fil du temps, de démocratisation des voyages, sans se rendre compte que [...] la démocratie deviendrait pour beaucoup soluble dans la consommation."

"L'un des paradoxes du tourisme d'aujourd'hui est de tuer ce dont il vit, [...] Celui-ci préfère le divertissement à la diversité ; le remier est en effet plus comfortable  car il ne remet rien en cause".

"pour nous autres occidentaux, il peut sembler saugrenu de remettre en cause ce lieu commun qu'est le tourisme. Il est si étroitement lié à notre mode de vie qu'il semble inconvenent  de le critiquer. Cela reviendrait à critiquer tout un chacun, c'est à dire à délibérément se faire des ennemis. [...] et "nous sommes tous des touristes potentiels".

Voyage et tourisme : un signe des temps

"Si le voyage est philosophie, le tourisme est économie, autant que possible profitable. le premier explore, le deuxième exploite. Et lorsque le deuxième prend l'avantage sur le premier [...], le voyage risque de disparaitre en tant que possibilité objective."

"La prolifération des publications de carnets de route et autres récits de voyages est un signe tangible - et lucratif - de cette volonté de raconter. Ce désir de dire [...] est donc devenu un "business" comme un autre. La logique des affaires ne laissent rien au hasard.[...] Les Nicolas Bouvier et les Joël Vernet sont des écrivains rares, la plume aussi alerte que les semelles, avec l'humilité et la poésie comme bagages essentiels [...] Pour les écouter, il faut tendre l'oreille, loin de ces auteurs et voyageurs de grand tapage comme l'époque en produit tant."

Le voyage c'est l'imprévu, la durée et la spontanéité, c'est le contraire de la gestion.

"Qu'on le veuille ou non, la pratique des routes toutes tracées est une improbale évasion. [...] Or l'aléa et l'imprévu sont néanmoins difficilement compatibles avec la planification des vacances, peu tolérantes avec ce qui pourrait remettre en question le bon déroulement du programme."

"Il s'inscrit (le tourisme) parfaitement dans la logique laborieuse qui le justifie, l'organise et le pénètre. Jean Beaudrillard l'analysait déjà dans La société de consommation : "Le loisir est contraint dans la mesure où derrière sa gratuité apparente, il reproduit fidèlement toutes les contraintes mentales et pratiques qui sont celles du temps productif et de la quotidienneté asservie".

Le devoir de loisir est le corrélat du devoir de travail. La surpris et l'imprévu {...}, n'y parviennent que par coups de chance. [...]"

Le tourisme est partie prenante de l'ordre social.

"Si l'art du voyage peut être celui d'une intensification de la vie et la découverte de son potentiel, l'époque n'est guère propice à pareil exercice, réduite au culte du divertissement plutôt qu'à la culture de la diversité."

"Soyons réalistes. Le risque avéré du désir de voyage est aujourd'hui de voir ses fondations laminées par l'état du monde. Tentatives d'évasion et envie d'exploration entrent de plus en plus dans une contradiction frontale avec le réel tel qu'il est devenu."

et Rodolphe Christin de conclure :

 "La mondialisation économiste accompagne depuis le dix-huitième siècle l'expansion du marché et du mode de production industriel, débordant du cadre local vers l'internationnal, sortant progressivement des cadres traditionnels et imposant les siens sur l'ensemble du globe. Karl Polanyi a magistralement montré cette autonomisation progressive de l'économie en tant que sphère à part de l'existence sociale des sociétés occidentales. Extaites de la vie sociale qui jusque-là l'encadrait par ses usages, cette dimension particulière qu'est l'économie est même parvenue à complètement renverser les rapports qu'elle entretenait avec la société. Auparavant, la société englobait et contenait l'économie, or voilà désormais l'économie englobant et contenant la société qu'elle soumet presque intégralement à ses impératifs. [...] Le tourisme n'échappe pas à cette expansion du grand Marché planétaire [...] dans ce monde soumis au pricipe d'utilité et aux règles du productivisme, quelles explorations restent possibles? Bien sûr, toutes les découvertes restent possibles pour l'individu qui voyage, c'est une question de regard et d'attention. [...] le désir d'exploration (des autres, des territoires, de soi) avec la part de risque et de remise en cause qu'il suppose, est-il encore une motivation touristique?"

L'auteur tient aussi un blog qui traite de ce sujet. 

cliquez sur l'icone pour y accèder :             rodolphe christin

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