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Voyage sur l'Amazone (Brésil)

Un voyage ne s'entreprend qu'à son heure. Celui-ci est pour cela, sans doute, le plus abouti de tous mes voyages par ce que j'ai découvert bien sur mais aussi et peut-être surtout par ce que j'ai ressenti.

Par ce qu'il a suscité en moi de sentiments, de rêves, d'imagination, de réflexions. Pour ce qu'il a fait remonté de souvenirs heureux ou douloureux.

Je n'ai pas envie de voyage. J'en ai besoin. C'est différent. Je voyage aussi par plaisir mais surtout parce que je ne peux pas faire autrement. C'est ainsi !

Par définition un voyage vous porte ailleurs. Après coup, j'ai compris, que celui-ci, je le portais en moi.  

La légende

Une légende raconte qu’il y a bien longtemps, vivaient dans la forêt deux fiancés qui s’aimaient avec passion. Elle se nommait Lune et lui Soleil. Elle était l’eau et lui le feu. Mais s’ils s’unissaient Lune éteindrait le feu, Soleil ferait s’évaporer l’eau et le monde disparaitrait. Leur union était donc impossible. La Lune, inconsolable, pleura tant que ses larmes inondèrent les vallées et les forêts. Et des larmes de la lune,  naquit un grand fleuve.

legendeAu xvie siècle, l'explorateur espagnol Orellana parcourt l’Amérique du sud. Il découvre à ses dépens sur les bords d’un fleuve un peuple où les femmes à l’égal des hommes se révèlent de farouches guerrières. Il rapporte que ces femmes vivent séparées des hommes et ont leur propre royaume. En référence à la mythologie grecque, il désigne le fleuve comme le "fleuve des Amazones". Quelques années plus tard, au retour d’un voyage au Brésil un explorateur français, André Thevet va reprendre ce thème de femmes guerrières. Sa description est accompagnée de gravures effrayantes contribuant à alimenter la légende. Plus tard, dans un autre récit, il reviendra sur ses dires et avouera s’être laissé abuser.  Comme quoi, les légendes sont comme les promesses électorales : «elles n’engagent que ceux qui les croient».

Mais qu’importeVrai ou fausse, la légende avait fait son chemin et laissé un nom à une région et à un fleuve.

Un géographe, Gilles Lapouge a écrit : « un voyage n’existe pas, il n’est que son récit ». Alors voilà le récit d’un voyage sur l’Amazone. De Manaus et sa région à Bélem.

Manaus

Située sur le Rio Negro à la confluence avec l'Amazone, là où les eaux se rencontrent sans se mélanger durant plusieurs kilomètres, Manaus, aujourd’hui une ville de plus deux millions et demi d’habitants. C’est aussi la plus grande ville de la région et la capitale de l’Etat d’Amazonas

Fondée par les Portugais en 1669, historiquement la ville n’était qu’un petit village à la confluence du Rio Négro et de l’Amazone. Il grandit dans la seconde moitié du XIXe siècle avec la culture de l’hévéa qui produit le latex qui sert à la fabrication du caoutchouc. Le développement de l’automobile et du pneumatique va contribuer à sa richesse.

ManausPortA l’époque certains habitants y vivent dans un luxe tapageur à coté du quotidien misérable des travailleurs de l’hévéa dénommés les « seringueiros ». En plus de cela, la présence d’un port fluvial citadin va permettre les échanges maritimes et contribuer bien sur à son essor économique mais aussi culturel. On donne alors à Manaus le titre de « Paris des tropiques ».

manausTheatreDans le film de Werner Herzog, « Fitzcarraldo » , on y voit un illuminé qui rêve de construire un opéra en pleine forêt amazonienne. Et bien ce théâtre existe vraiment. Il est ici à Manaus. Il a été inauguré en 1897.

C’est un peu avant cette date qu’un explorateur britannique réussit à sortir du Brésil des graines d’hévéa. Transplantées en Indonésie et Malaisie au début du XXe siècle la production de ces régions supplante bientôt celle d’Amazonie plongeant la ville dans un marasme économique.

Aujourd’hui, Manaus offre un visage plein de contraste. Véritable île de béton au cœur de la jungle, elle a conservé de nombreux de bâtiments qui témoignent d’un passé fastueux. 

La ville nous propose également une vie animée, moderne et traditionnelle…..

Dès que l’on quitte l’aéroport on se fait immédiatement une idée de la ville. La chaleur est étouffante et humide. La température oscille entre 34 et 25 degrés. Par instant quelques gouttes de pluie. On court se mettre à l'abri. Réflexe Haut-Savoyard. Inutile c'est déjà fini.

La conduite automobile est intense, indisciplinée et débridée. La ville grouille de vie. Les rues sont envahies par les vendeurs ambulants. On vend de tout : des boissons, de la nourriture, une part d'un gâteau, acheté surement au supermarché du coin, des accessoires divers, des vêtements, de la quincaillerie etc.… Il y a même des réparateurs de téléphones portables. On trouve des rabatteurs pour vous faire entrer dans un commerce ; même chez le dentiste. Au coin d'une rue, on découvre un attroupement. Ce sont des joueurs, de cartes, de dominos ou de dames, installés sur une palette en bois. La partie semble toujours animée. Du bruit, des odeurs, des couleurs. C'est vrai les rues sont un peu sales selon nos critères européens. Les trottoirs sont défoncés. Des papiers trainent par terre. Rien à voir avec notre univers aseptisé. Mais elles sont débordantes de vie.

Par contre le soir le centre historique se vide à partir de 19 heures. Dès ce moment, on dit les rues peu sures. Il est déconseillé de s'y promener seul surtout avec des objets de valeur : smartphone, appareil photo, montres ec... Pour se déplacer le taxi est recommandé.

Le centre historique offre de nombreux endroits à visiter. On peut faire un retour vers le passé avec le théatre-opéra Amazonas qui est ouvert à la visite. Le marché couvert nous offre son animation avec son bazar, ses restaurants et sa halle aux poissons où l'on peut entre autre acheter du "Piracuru" un poisson énorme et qui une fois dépecé ressemble à de la morue. Le "bacalo de l'Amazone". Il ne faut pas manquer l'agitation du port d'où partent les bateaux qui sillonnent l'Amazone et le Rio Negro. L'agitation est à son comble au moment des départs. La foule s'y presse au milieu d'une multitude de camions chargeants et déchargeants les marchandises que les bateaux transportent en plus des passagers. Et puis, il y a la place Matriz avec son cortége de bus et de vendeurs ambulants. Et encore les rues où il fait bon se ballader et se perdre. Car comme de partout ailleurs s'est bien en se perdant que l'on trouve. Tout dépend évidemment de ce que l'on cherche.

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  cliquez sur les images pour les agrandir

Aux environs de Manaus se trouve "Ponta Negra", une plage dans un quartier huppé. Le site vaut le déplacement pour sa tranquilité et pour se reposer de la vie bruyante du centre de Manaus. La vue aussi est sympathique. De plus, de "Ponta Negra", on peut prendre un petit bateau pour se rendre sur une autre plage beaucoup sauvage, la "praia de Lua", enfin d'après ce que l'on m'a raconté surtout hors saison et hors week-end. A la saison des pluies, la plage est complètement noyée. Le Rio negro la recouvre en totalité et les petites cabanons des vendeurs de boisson également.

villemilieueauxPour découvrir Manaus en lecture, vous pouvez vous reporter à l'ouvrage de Milton Hatoum : "Une ville au milieu des eaux", paru en 2018 aux éditions Actes Sud.

Ce livre est un recueil de quatorze nouvelles dont la plupart se déroulent à Manaus, ville natale de l’auteur. Ville cosmopolite riche de son passé où la vie de la cité moderne n'est jamais loin de l'univers mystérieux de la forêt.

Le point de vue de l'éditeur : "À l’épicentre géographique, imaginaire ou affectif de ces courtes nouvelles, délicates et nostalgiques : Manaus, la capitale amazonienne de la démesure, le terreau littéraire de Milton Hatoum – “où que j’aille, Manaus me poursuit”. Si nombre de ces histoires reflètent les pérégrinations de leur auteur entre Paris, Barcelone ou San Francisco, l’errance physique ou existentielle qui détermine leurs personnages porte le sceau de la nostalgie des origines, du bonheur fugace de l’enfance perdue. Parce que cette ville mythique, à la fois une chance et une fatalité, est celle de l’éternel retour, le pan de mémoire où chacun peut recomposer son existence, elle incarne aussi la défaite face au temps qui passe et les désirs irrémédiablement vaincus."

Le livre débute par ces phrases qui donnent le ton à l'ouvrage :"Les vérandas d'Eva : c'était le nom. L'endroit n'était pas loin du port mais à cette époque-là on n'avait pas la même notion des distances. Le temps était plus long, plus lent, on ne comptait pas les minutes et les heures en craignant de les gaspiller. On se fichait de la veillesse, et même de l'idée de veillir ; on vivait perdu dans le temps, dans les après-midi étouffants, indolents, que la moiteur immobilisait"

La forêt

La forêt n’est jamais loin de Manaus. Je prends une embarcation qui me fait traverser le Rio Negro. Sur la rive opposée, j’arrive dans un petit port. Quelques commerces pour se ravitailler. J’attrape un mini bus pour continuer le trajet. Une route d’abord goudronnée puis une piste me conduit jusqu’à un bras de rivière. Une embarcation prend le relai et le voyage continue. 

On navigue sur un cours d’eau puis un autre. Affluent du Rio Négro ? Affluent d’un affluent ? Je m’y perd. Et ça tombe bien, j’étais venu pour ça. L’eau est partout. Les berges sont peuplés d’habitations isolées ou regroupées en villages. Villages enfin quelques maisons rassemblées. Bien que l’eau ne soit pas à cette époque (octobre) à son plus haut niveau, la végétation est noyée par endroit. La forêt se reflette dans l’eau. Tout apparait sans dessus dessous  comme pour nous entrainer dans un monde parallèle.

Pendant que la barque glisse sur une rivière étroite ou plus large, je me dis….

”Je suis parti bien décidé à faire ce que j’ai toujours eu envie de faire…. c’est à dire RIEN. 

Regarder tomber la pluie. 

Flâner sur une plage. 

Se laisser porter au rythme d’un canoë. 

Observer un vol d’oiseaux. 

S’égarer sur les bords d’un fleuve. 

Plonger dans l’agitation des villes. 

Ou plus simplement profiter du moment qui s’offre.”

Mon esprit se pose sur tout et rien avec insouciance. Le monde pourrait s’arrêter sans que je n’y prenne garde.

L’auteur Milton Hatoum que j’ai déjà évoqué et ses bouquins devaient me suivre durant tout mon voyage. Si j’ai choisi ce coin du monde, l’Amazone, c’est justement en lisant un passage d’un de ses livres : « …à cette époque-là …. Le temps était plus long, plus lent, on ne comptait pas les minutes et les heures en craignant de les gaspiller … on vivait perdus dans le temps, dans les après-midi étouffants, indolents, que la moiteur immobilisait. »

Une balade en forêt. Précédé d’un guide. Ici, il n’y a pas de sentier. Pas de panneaux indicateurs pour nous signaler où aller. On marche. On observe. On écoute. On écarte la végétation pour se dégager un chemin. On enjambe des arbres couchés. La nature semble généreuse même si elle doit être impitoyable. Et puis, on continu jusqu’à un lieu dégagé où l’on se dit qu’il serait temps d’organiser le bivouac pour la nuit. On monte les hamacs que l’on abrite de bâches plastiques en prévision de la pluie.

Et ensuite, on reprend la barque pour aller acheter quelques provisions et aussi quelques bières, quand même. L’épicerie est une maison flottante isolée sur la rivière. Le supermarché du coin en quelque sorte. Au retour, alors que le jour s’assombri, on s’arrête dans un village. Oh ! Quatre maisons. On apporte un colis. Ici, on est tout à fois, taxi, facteur etc. Les distances entre les habitations sont grandes et la bateau est le seule moyen de communication. Le téléphone passe mais pas internet. 

La nuit s’est installée. On prend des bras de rivières. Des iguarapés comme on les nomme ici. On observe. On écoute le silence, c’est à dire des oiseaux, des insectes, le clapotis de la barque sur l’eau, le souffle de la brise. On ne dit pas un mot. Caiman1De toute façon, il n’y a rien à dire. Toute parole serait superflue. Comme souvent ! Un coup de torche électrique et l’on découvre un caïman qui affleure à peine de l’eau. Immobile. Et puis notre guide l’attrape. Comment a-t-il fait ? Il me le pose dans les mains. Je n’ai rien vu venir. On le remet à l’eau après avoir pris une photo, histoire d’impressionner mes petites-filles à mon retour.

On retrouve le camp. Il est temps de préparer le repas du soir. On allume un feu de camp pour s’éclairer et pour cuire les aliments. Poissons, saucisses et puis voilà. Frugale. Mais ouf ! On a les bières posées là devant nous. Elles ne savent pas qu’elles vivent leurs derniers instants. Le temps semble ne plus exister. La chaleur commence à diminuer. Rien ne semble important. Rien ne se passe. Seulement le craquement des arbres, le chant des insectes, Je me dis que c’est en échappant à la morsure du temps que l’on s’aperçoit qu’on ne le perd jamais… surtout à ne rien faire. Que venir chercher ici… le silence… la solitude même pas… rien tout simplement. Ne rien chercher, ne rien vouloir…  c’est fou comme ça repose. Pour un peu, si on n’y prenait garde, on pourrait presque être heureux par inadvertance.

Et puis, la nuit avance et quelques bières plus tard, c’est le moment de dormir pour changer de rêve.

Le lendemain, la réalité reprend son emprise. Petit dej. Démontage du camp. Rangement. Important de ne pas laisser de trace de notre passage. Retour à la barque. On navigue jusqu’à une habitation isolée située sur les hauteurs d’une berge. Ici les crues de la rivière peuvent être dévastatrices. La maison est construite sur une parcelle déforestée. Mais la forêt est derrière nous toujours présente. On couchera là cette nuit. On installera les hamacs ce soir après le repas.

On part en canoë cette fois sur un autre cours d’eau. Il n’y a que ça ici. On navigue au travers de la végétation noyée. Seul le sommet des arbres affleurent de l’eau. Et encore c’est l’époque des basses eaux. Cela donne une idée de l’ampleur des pluies qui provoqueront les crues dans quelques semaines. Le canoë glisse lentement. Seul les coups de rames viennent troubler le silence. Les berges sont luxuriantes. C’est le vert qui domine. La végétation qui borde la rivière ne laisse pas deviner ce qu’il y a derrière. Tout apparait mystérieux. On devine. On laisse libre cours à son imagination. On savoure ce moment où l’on a rien d’autre à faire que de regarder un monde qui se répète. On n’est plus comptable du temps ni de savoir comment on va l’occuper. On s’occupe d'un rien. 

On s’arrête en prenant soin d’être à l’ombre. Quelques canes à pêche sommairement bricoler feront l’affaire. Au bout de l’hameçon on place un morceau de poisson. Et hop ! C’est la pêche aux piranhas. La touche est immédiate mais malchance ou maladresse le poisson nous échappe. Finalement à force de patience, on attrape malgré tout quatre spécimens. On les mangera ce soir. On continue à se laisser glisser sur l’eau. On s’est perçu de rien, il y est déjà la nuit. 

On rentre. Le soir à repris ces droits. Le repas se sera piranhas grillés. Beaucoup trop d’arêtes mais c’est notre pêche. Alors tout est bon. Les hamacs nous attendent. Demain sera un autre jour. On verra bien !

Voyager ce n’est pas courir après des richesses, des monuments, des paysages ou des populations exotiques. Voyager, ce n’est pas planifier d’interminables itinéraires en cochant des croix sur une liste d’endroits à visiter. Le voyage n’est pas un exercice encyclopédique. Le voyage c’est une aventure pas un inventaire.

En suivant l'Amazone

A l’image de tout le continent américain, le fleuve se caractérise par sa démesure. Il prend sa source dans les Andes péruviennes, traverse le Pérou, la Colombie et le Brésil pour se jeter dans l'océan atlantique au niveau de l’équateur. Il se nomme d’abord Maranon jusqu’à la frontière brésilienne. Ensuite, dans un premier temps, il prend le nom de Solimoes et à partir de Manaus, il devient l’Amazone.

 La largeur de l’Amazone peut atteindre selon la période de l’année, à certains endroits, de 6 à 10 km d’une rive à l’autre. Par ailleurs, sur de longues distances, il arrive que le fleuve se divise en deux cours principaux avec de nombreux bras qui sont connectés entre eux par un réseau complexe de canaux naturels constituant d’innombrables îles. De sa source à l’océan Atlantique le fleuve parcourt environ 6 347 kms. 

 L’Amazone est la principale voie de communication de la région. Le bateau est donc naturellement le mode de transport privilégié. Les ports deviennent ainsi des lieux incontournables de rendez-vous pleins d’agitation, de bruits et d’une cohue aux allures sympathiques. Les bateaux rassemblent tout un petit monde dans une ambiance animée et pittoresque au milieu d’un enchevêtrement de hamacs.

Les distances et la longueur du voyage provoquent parfois de la monotonie. Le bateau devient un théâtre d’où l’on regarde des scènes interminables qui se déroulent devant nous. Les berges apparaissent comme un monde impénétrable, luxuriant. L’esprit se perd dans la lenteur de l’eau, la durée du trajet et le gigantisme du fleuve. Parfois la monotonie du voyage est interrompue par l’arrivée dans un port où l’on accoste pour faire une pause, pour embarquer ou déposer passagers et marchandises. D’autrefois c’est une barque qui amène jusqu’au milieu du fleuve quelques voyageurs et sa cargaison de marchandises.

Les berges sont parsemées d’habitations et de villages que l’on aperçoit furtivement. Cachés derrière la végétation et protégés par le fleuve, on devine de petites bourgades ou de simples communautés villageoises. Villages aux rues désertes, écrasés par la chaleur 

 De Manaus, après une trentaine d’heures de trajet une première étape nous amène à Santarem dans l’Etat de Para. Santarem est une vile de 280 000 habitants, située sur l’Amazone à la confluence  avec le Rio Tapajos, à mi-chemin entre Manaus et Belem. La ville possède une agréable promenade le long du fleuve, des rues commerçantes très animées. À une quarantaine de kms de Santarém sur le Rio Tapajós, on découvre le village d’Alter do Chão. Le fleuve est d’ailleurs si large qu’il peut donner aux visiteurs l’impression de se trouver en bord de mer. Alter do Chão offre en outre une place animée en soirée, des plages superbes aux eaux cristallines. A partir de ce village on peut rejoindre en bus ou en bateau les communautés situées au bord du fleuve. De ces communautés on  goutte le calme de la forêt amazonienne et des balades en canoë sur un bras de rivière.

 Après Santarem nous prenons la direction de Belem. L’Amazone continue à son rythme toujours sous le regard de la forêt et des villages du bord du fleuve. On a quitté Santarem, il y a une trentaine d’heures pour arriver  à Belem. 

 Belem capitale de l’Etat de Para et porte d’entrée de l’Amazonie, est située sur la rive droite du rio Guamá qui fait partie du système hydrographique de l'Amazone. Fondée en 1616, Belem est le nom portugais de Bethléem. Comme Manaus, elle prospère au 19e siècle grâce à la production de caoutchouc extrait de l’hévéa. Elle compte aujourd’hui un million et demi d’habitants. En flanant dans ces rues, on peut découvrir un important marché fluvial, le Ver-O-Peso. Au XVIIe siècle les portugais établissent un point de contrôle pour taxer les denrées qui transitent par le quartier général de la capitainerie. Les taxes dépendait du poids des marchandises d’ou la nécessité de contrôler celui-ci. De la vient le nom ”ver o peso” (contrôler le poids). Ses étalages proposent des produits provenant d’Amazonie : plantes médicinales, légumes, et également du bazar etc… sans oublier des dizaines d’espèces de poissons, pêchés dans les eaux douces de l’Amazone, ou dans la mer. A coté démarche on y trouve quantité de petites échoppes où l’on peut déjeuner. Non loin du marché un petit port rassemble bateaux de pécheurs, étalages de poissons, et comme toujours divers vendeurs ambulants Ensuite une promenade dans le centre colonial de Belém composé des demeures art nouveau couvertes d’azulejos, d’églises coloniales du 17ème siècle. Le ”Forte do Castelo”, où la ville fut officiellement fondée, permettra de découvrir une vue panoramique sur la Baie de Guajara. A coté du marché ”Ver o peso”, on peut aussi se promener dans l’”Estaçaon das docas” où il a été aménagé d’anciens entrepôts portuaires pour en faire des restaurants, des espaces d'exposition, des boutiques et un terminal pour les excursions fluviales.

 A son embouchure, la largeur de l’Amazone est d’environ 300 kms. Au milieu du delta se trouve l’île de Marajo d’une superficie quasiment égale à celle de la Suisse. Deuxième fleuve le plus long du monde mais le plus grand par l’immensité de son bassin hydrographique. Une étude récente porte sa longueur à 6800 kms ce qui en ferait le plus grand du monde. Mais cela reste encore sujet à caution. Il est aussi le premier par son débit. Son débit moyen à l'estuaire de 209 000 m3/s. L’Amazone représente 20% du volume d’eau douce du monde. Le volume d'eau douce déversé dans l'océan Atlantique modifie sa salinité jusqu'à plus de 200 km des côtes. 

Entre le fleuve et l'imaginaire

Si le quotidien me rend insatisfait, l’inconnu m’a toujours effrayé et m’effraye encore. Raison de plus pour s'y confronter. 

Mes voyages ont l’odeur des cartes de géographie de mon enfance accrochées aux murs d’une salle d’école. Avec elles, déjà, je plongeais dans un monde imaginaire. Ce que nous percevons d’un voyage est aussi le fruit d’un imaginaire qui s’impose sans y être invité. On comprend alors ce qui fait la nécessité de partir. C’est un besoin, sans autre but que d’être ailleurs. Partir s'impose non pas comme une évidence mais comme une nécessité. Au bout du compte, voyager c’est finalement une indispensable inutilité. Quand l’esprit se cogne sur la réalité, il faut bien se réfugier dans l’imaginaire. Un imaginaire qui procure de la plénitude et du bonheur a souvent plus de consistance qu’une réalité qui s’acharne à n’être que ce qu’elle est et qui rend insatisfait. Il faut bien inventer ce que la vie n’est pas foutu de procurer.

Les jours qui précèdent le départ, le rêve a encore sa part ? Ensuite, il faut se confronter au réel et s’abandonner à l’imprévu. En voyageant je ne cherche pas à tout prix de plaisir. J’en ai besoin, c’est tout. Je recherche plus la diversité que le divertissement. Voyager c’est aimer se perdre. C’est comme la vie. C’est être psychologiquement comme le marin balloter dans la tempête qui ne maitrise plus rien, ni les éléments ni son embarcation, qui se débat la peur au ventre au milieu de vomissures ... pour s’échouer au matin sur un rivage inconnu là où il lui semble que le monde vient pour lui seul de recommencer.

Et voilà ! On en est là. Et puis le jour décline. La nuit s’installe. Les choses apparaissent différemment. La nuit est moins pesante que le jour. On s’y sent plus léger. Le jour on se cogne à la réalité. La nuit, on peut  plus facilement s’égarer dans un rêve. Les miens ressemblent parfois à un passage d’un livre de Milton Hatoum :”J’entendais le bruit des bateaux et sautais du hamac. Ils passaient comme des fantômes dans la nuit. Je regardais en vain le scintillement des étoiles, je buvais un coup, quelques fois je dormais ici même dans l’humidité de la rosée.” […] Quand j’étais réveillé, je ne savais que faire, alors je parlais tout seul pour chasser mes cauchemars”.

Un voyage ne se confond pas totalement avec les pays visités. Les villes, les paysages, les gens ne sont souvent qu’un support pour se projeter dans l’imaginaire. De même le voyage, au travers de ce qu’il nous amène à découvrir, peut aussi réveiller des souvenirs. Alors, il arrive qu’entre l’ennui et la solitude, réapparaissent, des images de bonheurs oubliés ou de blessures mal cicatrisées. Voyager n’est jamais innocent. Voyager c’est prendre rendez-vous avec soi-même. C’est chercher le souvenir d’une douce brûlure. Un voyage c’est une thérapie qui heureusement ne guérit de rien. Il n’existe pas d’anesthésie à certaines douleurs et quand on les chasse, elles retrouvent toujours leur chemin. On peut d’un trait d’esprit bannir la douleur et le doute, ou mettre de la distance, pour les égarer et qu’ils perdent notre trace. Peines perdues ! Où que l’on aille, ils nous précèdent déjà. 

On l’a dit, le nom de l’Amazone est né d’une légende de la mythologie grecque. Vérité ou affabulation ? Qu’importe ! Après tout, les légendes sont comme les promesses électorales, elles n’engagent que ceux les croient. Mais les légendes ne sont jamais là pour rien. Elles sont mensonges bien sur. Mais des mensonges qui sont là pour nous dire une vérité plus grande. Alors les Amazones : féminines et redoutables. Parfois si douces ! Parfois si dures !

En voyageant sur les bords de l’Amazone et de ses affluents on s’aperçoit vite que l’élément liquide occupe tout naturellement une place importante. On vit, on habite, on travaille, on se déplace sur l’eau. On se laisse aussi porter par un flot de souvenirs. On a lu, rêver, écouter des récits vrais ou faux, des aventures vécus ou inventer. On y a cru ou bien on a fait comme si, parce qu’ils nous faisaient du bien, parce qu’ils nous rassuraient, parce qu’ils nous ouvraient les portes d’un monde qui, pour inexistant, nous arrachait à une réalité insupportable, parce qu’ils étaient promesses, parce que l’avenir devenait subitement moins sombre, parce qu’ils nous rendaient espoir, parce qu’ils nous évitaient le néant. C’est tout ce qui vient de notre enfance, qui remonte pour émerger et flotter à la surface d’un grand fleuve. Voyager, c’est la part d’enfance qui survit en nous, que le monde n’a pas pu tuer. Alors la où l’on va qu’importe. On ne voit jamais ce que l’on voit. On ne voit que ce que l’on veut bien voir, ce que l’on a besoin de voir, c’est à dire ce qui rend le présent supportable. C’est ainsi que la réalité devient légende.

Longer l’Amazone c’est aussi profiter de choses vues et entendues en chemin. Dans cette région, il existe un mythe : la Cité enchantée. Cette légende raconte qu’il existe quelque part au fond d’une rivière une citée enchantée, modèle d’harmonie et de justice, où vivent des êtres attirés au fond de l’eau par d’étranges créatures, et qui ne peuvent revenir dans notre monde que par les pouvoirs d’un chamane. Milton Hatoum, y fait référence dans un de ses bouquins. Il écrit : « La femme disait qu’elle avait quitté son mari parce qu’il était toujours…. par les rivières et les chemins, la laissant seule au village. […] Jusqu’au jour où elle avait été attirée par un être enchanté. […] Désormais elle habitait avec son amant, au fond des eaux. Soudain… elle se tut et entra dans l’eau. […] Son corps disparut peu à peu dans le fleuve […] La femme avait disparu. Pour ne plus jamais revenir ».

De décembre à avril, c’est la saison des pluies. Les crues de l’Amazone vont alors noyer les berges et les installations. Il arrive que le niveau d’eau s’élève de 10 mètres par rapport à la saison sèche. Ici, le fleuve c’est la vie. Ces crues ont des effets bienfaisants. Mais il faut aussi se protéger de la montée des eaux qui peut être dévastatrice en batissant sur les hauteurs ou encore sur pilotis. Ces constructions donnent au lieux un aspect mystérieux et la nuit un air fantomatique.

Tout ça ne se trouve pas dans un guide de voyage et c’est tant mieux. Il n’ y a pas de GPS pour l’aventure, l’inconnu et le rêve.

Richard Jean Pierre

Ouvrages à consulter :

"L'Amazonie, histoire, géographie, environnement"  de François-Michel Le Tourneau, aux éditions CNRS

"Aux confins de l'Eldorado  de Gérard Chaliand" - "Colection Points Aventures" 2006

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