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La pensée du mois

"Si tous ceux qui croient avoir raison n'avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin".

Pierre Dac.

entrezdanse

Entrez dans la danse

Un roman de Jean Teulé aux éditions Presse Pocket - 2018

Le confinement a eu pour le moins cette vertu de nous rendre disponible pour la lecture. Dévorant les bouquins que je m’étais juré de lire et ceux que l’on m’a prêté, j’ai eu entre les mains ”Entrez dans la danse’ de Jean Teulé.

Il nous raconte un évènement exceptionnel et inexpliqué qui a commencé en juillet 1518. On peut lire ce passage tiré d’une chronique alsacienne de 1519 : ”Une étrange épidémie a eu lieu dernièrement et c’est répandue dans Strasbourg, de telle sorte que, dans leur folie beaucoup se mirent à danser et ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois sans interruption, jusqu’à tomber inconscients. Beaucoup sont morts.”

Depuis plusieurs années, la population étaient en proie à de nombreuses calamités : peste, choléra, syphilis, typhoïde, lèpre et j’en passe. Pour la quatrième année consécutives, les Strasbourgeois subissaient de grands froids, des inondations, une sécheresse détruisant les récoltes et finalement conséquence de tout ça la famine. Et en plus pour couronner le tout, on redoutait la menace, réelle ou fantasmée, d’une invasion turque. Devant autant de malheurs, une femme qui vient de commettre, poussée par l’extrême pauvreté, un infanticide, prise de tremblements se met à danser. Bientôt, c’est des dizaines puis des centaines de gens qui dansent jour et nuit sans arrêt dans Strasbourg. Ils danseront durant deux mois. Ce phénomène était quelque chose d’inédit qui ne s’était jamais produit et laissa les autorités désemparées.

On danse et on meurt d’épuisement. On ne parvient plus à enterrer les morts. Devant cette ”épidémie” les édiles de la ville sont démunis. Un jour ils prennent une décision qui s’avère sans effet. Alors le lendemain, ils décident le contraire. Le maire et ses adjoints demandent l’avis des médecins, du clergé, des autorités militaires, des astrologues et autres. Chacun y va de ces certitudes qui contredisent celles des autres. Des décideurs qui ne savent pas par quel bout prendre le problème, des ”spécialistes” qui disent blanc un jour et noir le lendemain, faut bien être au 16e siècle pour voir ça. Mais que faillait-il faire dans l'urgence ?

Il est finalement décidé d’accompagner les danseurs de musiciens pour les  encourager dans leur folie. Plus ils danseront, plus vite ils s’épuiseront et plus vite ils cesseront. Mais rien ni fait. La musique semble agir sur eux comme un stimulant. Alors les édiles revoient leur positions. Dorénavant, plus de musiciens. Finie la musique ! Le maire reconsidérant le bien fondé de sa propre décisions déclare : 

” - Je ne vois qu’une solution : interdiction de jouer de n’importe quel instrument ou que ce soit dans Strasbourg. […] 

- Plus aucun danseur dans les rues, hop-là ! … Qu’ils ne nous fassent plus chier dehors afin d’éviter l’épidémie. Mis en quarantaine à demeure, les onduleurs des hanches […]”

Une épidémie, une quarantaine. Voilà comme qui dirait un confinement. Confinés les danseurs continueront à se trémousser chez eux.

Et puis au milieu de tout ça, l’évêque et un certain clergé, gardien de l’horthodoxie, vivent dans le luxe et l’abondance, accaparant les victuailles qui font défaut au peuple et refusent de voir la misère qui les entoure. C’est à cette époque qu'un certain Martin Luther pointe le bout de son nez. Il veut réformer le clergé et l’on dit même qu’il envisage de fonder une religion nouvelle.

Dans la cathédrale un docteur en Ecritures Saintes lance un avertissement à l’évêque :

” - Je sens que l’on assiste à la naissance de quelque chose… Un vent mauvais souffle autour de la cathédrale.”

L’évêque enfermé dans ces croyances et qui ne peut imaginer la réussite de cette révolte réplique :

” - L’institution traditionnelle refusera l’arrivée de cette réforme dogmatique.”

”- Aura-telle le choix ?” Lui répond le clerc.

L’évêque l’interroge sur ce que veux Luther.

” - Il réclame que votre parole porte le cachet de vos bonnes oeuvres et qu’elle soit appuyée du témoignage de vos vertus.”

Voilà, c’était le monde d’avant. Luther le monde d’après . Ca pas été franchement mieux !